Le Sénat vote le blocage des réseaux relayant des appels à la violence

Un amendement déposé en urgence permettrait de retirer sous 24 heures les contenus appelant aux violences, puis de bloquer la plateforme qui ne s’exécute pas.

Benoît Arrondeau Par Benoît Arrondeau
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Le Sénat vote le blocage des réseaux relayant des appels à la violence
Icônes d’applications mobiles et de réseaux sociaux affichées sur l’écran d’un smartphone.

En bref

  • Le Sénat a adopté l’amendement du gouvernement le soir du mardi 27 octobre, par 219 voix contre 115, selon CNews.
  • Une autorité administrative pourrait exiger le retrait d’un contenu sous 24 heures, faute de quoi les fournisseurs d’accès bloqueraient la plateforme.
  • La gauche dénonce une atteinte à la liberté d’expression, tandis que la droite et le Rassemblement national soutiennent la mesure.
  • Le texte doit encore être programmé à l’Assemblée nationale.

Une plateforme qui laisse en ligne un appel aux pillages ou aux dégradations pourrait être rendue inaccessible en France. C’est ce que permettrait l’amendement que le gouvernement a glissé dans le projet de loi « casseurs-payeurs » et que le Sénat a approuvé, d’après franceinfo, qui a révélé le dépôt du texte le lundi précédant l’examen en séance.

Un amendement surprise, voté dans un climat tendu

Ce projet de loi est né après les violences urbaines survenues à la fin de mai, au soir du sacre du PSG en Ligue des champions, et il prend désormais place dans le climat des manifestations du 17 octobre. L’objectif est d’obliger quiconque a pris part à un rassemblement violent, sans forcément en avoir été l’auteur direct, à régler la facture des dégâts, la responsabilité solidaire étant limitée à 10 000 euros.

219 contre 115le vote au Sénat sur l’amendement, le soir du mardi 27 octobre
3 en 3 ansles extensions possibles du blocage administratif des sites, selon Le Monde
24 heuresle délai de retrait laissé aux plateformes

Selon Le Monde, le texte a été débattu au Sénat les 27 et 28 octobre. L’amendement a été déposé puis corrigé à la dernière minute, d’après CNews, qui rapporte son approbation par 219 voix contre 115.

Retrait sous 24 heures, puis blocage par les fournisseurs d’accès

Le mécanisme repose sur plusieurs étapes :

  • une autorité administrative, comme l’office anticybercriminalité de la police judiciaire, dont dépend Pharos, somme un hébergeur, un réseau social ou un site de supprimer tout contenu « susceptible de créer un trouble grave à l’ordre public » ;
  • la plateforme dispose de 24 heures pour s’exécuter ;
  • si rien n’est fait, l’autorité peut s’adresser aux fournisseurs d’accès à Internet pour qu’ils coupent en France l’accès à la plateforme visée, Instagram ou TikTok par exemple.

D’après franceinfo, le texte déposé comportait également un délai d’une heure pour les appels à un attentat ou à l’insurrection. CNews indique que cette procédure d’urgence a disparu de l’amendement adopté : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est inquiété de sa compatibilité avec la Constitution comme avec le droit européen.

Sièges et tables en hémicycle devant des boiseries sculptées sous une galerie ornée.
Rangées de sièges au sein d’une salle parlementaire bordée de boiseries et de tribunes. Photo : Christian Wasserfallen / Pexels

Devant les sénateurs, il a défendu l’esprit du dispositif : « On ne parle pas de fermer les réseaux sociaux, on parle simplement d’utiliser le dispositif Pharos pour supprimer des contenus ». Il a ajouté qu’au moment de son intervention, des appels à l’insurrection circulaient pour le samedi suivant.

Qui soutient, qui conteste

Position Argument rapporté
Droite, majorité des centristes, Rassemblement national Soutien à la mesure. Le sénateur LR Damien Michallet parle de « désarmer les délinquants et l’usage qu’ils font des réseaux ».
Gauche Opposition vive. L’écologiste Thomas Dossus dénonce une « entrave disproportionnée à la liberté d’expression ».
Quelques élus LR et centristes Doutes sur la proportionnalité de la mesure.
Arthur Delaporte, député socialiste Estime que l’amendement pourrait ne pas passer le filtre du Conseil constitutionnel.

« le contrôle des mouvements sociaux »

Fabien Gay, sénateur communiste, selon CNews, évoquant ce que permettrait le dispositif entre les mains d’un « régime autoritaire »

Arthur Delaporte juge pour sa part que « le gouvernement perd le sens d’un principe simple qui s’appelle la liberté d’expression ».

Le reste du texte et le calendrier

Le gouvernement a en outre obtenu le vote d’une disposition autorisant le préfet à interdire à titre individuel de manifester aux profils jugés les plus violents, y compris sans condamnation antérieure. Sur le volet financier, le Conseil d’État a émis des réserves sur la faculté du texte à désigner avec précision les responsables, et considère que la seule présence dans un attroupement ne suffirait pas à engager la responsabilité d’un manifestant, d’après le Journal du Net.

À ce stade, seul l’amendement a reçu un feu vert : il faut encore inscrire le projet de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, déjà encombré par l’examen du budget jusqu’à la mi-décembre. La session parlementaire prend fin le 28 février, et le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui ne dispose pas d’une majorité absolue, devra convaincre au-delà de son propre camp.

Photo : Ocko Geserick / Pexels

Benoît Arrondeau

Créateurs, réseaux sociaux, webmarketing et monétisation

Benoît Arrondeau

Benoît Arrondeau a dirigé le marketing d'une PME de vente en ligne pendant une douzaine d'années, avant de devenir consultant indépendant. Il écrit sur le webmarketing et tient les chroniques d'Influenceurs.fr, souvent sur les relations entre marques et créateurs. Il préfère les campagnes mesurées aux promesses de visibilité. Il retape une maison de bourg dans la Sarthe.