La Turquie interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès le 1er novembre
Publiée au Journal officiel turc, la mesure s’appliquera dès le 1er novembre et impose aux plateformes de vérifier l’âge et de bannir les services addictifs.
En bref
- L’interdiction turque vise les moins de 15 ans et s’applique à partir du 1er novembre 2026.
- Les plateformes doivent mettre en place des mesures techniques et administratives, dont la vérification de l’âge.
- Aucun service pouvant créer une addiction chez les enfants ne pourra leur être proposé.
- L’Australie, l’Indonésie et bientôt d’autres pays ont adopté ou préparent des restrictions comparables.
À compter du 1er novembre, un adolescent turc de moins de 15 ans ne pourra plus légalement utiliser les réseaux sociaux. Ankara a officialisé cette interdiction le samedi 10 octobre, en publiant la décision au Journal officiel, plusieurs mois après le vote d’une loi par le Parlement au printemps. Pour les familles comme pour les plateformes, il reste donc quelques semaines avant l’application du texte.
Une loi votée en avril, appliquée à l’automne
La mesure n’est pas née d’un décret isolé. Le Parlement turc avait adopté la loi en avril ; la publication au Journal officiel, intervenue en octobre, en a fixé le calendrier d’application. Entre le vote et l’entrée en vigueur, le processus s’étale ainsi sur un peu plus de six mois.
- Adoption de la loi par le Parlement turc.
- Publication de la décision au Journal officiel.
- Entrée en vigueur de l’interdiction pour les moins de 15 ans.
Ce que les plateformes devront changer
Le texte place la charge de l’application sur les fournisseurs de réseaux sociaux, et non sur les parents. Deux obligations ressortent :
- Vérifier l’âge des utilisateurs, dans le cadre de mesures techniques et administratives destinées à protéger les jeunes.
- Renoncer à tout service pouvant rendre les enfants dépendants : le texte exclut qu’une fonctionnalité de ce type leur soit proposée.
Les modalités précises du contrôle d’âge et les sanctions encourues par les entreprises ne sont pas détaillées publiquement à ce stade. Pour les créateurs de contenu dont l’audience compte de jeunes adolescents, la portée réelle de la mesure dépendra donc de la manière dont les plateformes appliqueront ces obligations sur le marché turc.

Une mesure prise dans un climat de restrictions
Les justifications avancées pour ce type d’interdiction, en Turquie comme ailleurs, tiennent aux risques associés aux usages numériques des enfants : dépendance aux écrans, sommeil perturbé, harcèlement, troubles du comportement alimentaire.
La loi s’inscrit toutefois dans une période où la liberté d’expression est restreinte dans le pays, qu’il s’agisse des milieux LGBT, des médias ou de la vie politique. De nombreux comptes de réseaux sociaux y ont été bloqués au cours des dernières semaines. Les deux évolutions coïncident dans le temps, sans qu’un lien direct entre elles soit établi.
Où se situe la Turquie face aux autres pays
Comme le rappelle Le Parisien, Ankara n’est pas la première capitale à franchir le pas. L’Australie a ouvert la voie, avec un bilan qualifié pour l’instant de mitigé. Le seuil d’âge et l’état d’avancement varient fortement d’un pays à l’autre.
| Pays ou zone | Seuil d’âge | Situation |
|---|---|---|
| Australie | 16 ans | Interdiction pour la grande majorité des réseaux depuis décembre 2025 |
| Indonésie | Mesure comparable | Interdiction adoptée en mars |
| Turquie | 15 ans | Application au 1er novembre 2026 |
| Nouvelle-Zélande | Projet comparable | Projet de loi présenté en août |
| Royaume-Uni | Projet comparable | Keir Starmer vise un vote avant Noël et une application début 2027 |
| Union européenne | 13 ans, mini-comptes avant 15 ans | Proposition |
| Canada | Approche proche de l’UE | Intention annoncée |
La France fait figure de contre-exemple. Le Conseil constitutionnel a censuré cet été le texte qui interdisait les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, estimant que l’atteinte portée à la liberté d’expression était inadaptée et disproportionnée. Les conséquences de cette décision ont été analysées dans notre article sur la censure du Conseil constitutionnel. Le cas néo-zélandais, qui confie lui aussi le contrôle aux entreprises, est détaillé dans notre analyse du projet de loi néo-zélandais.
À la mi-septembre, le gouvernement français a annoncé une nouvelle version de sa loi.
Photo : August de Richelieu / Pexels