Réseaux sociaux

Un projet néo-zélandais chargerait les plateformes de vérifier l’âge des moins de 16 ans

La Nouvelle-Zélande prépare un texte qui confierait aux plateformes la vérification de l’âge des utilisateurs de réseaux sociaux. Le projet reste incertain sur le plan politique.

Jade Oukil Par Jade Oukil
4 min de lecture
Un projet néo-zélandais chargerait les plateformes de vérifier l’âge des moins de 16 ans
Un adolescent allongé sur un canapé, utilisant un smartphone pour naviguer sur les réseaux sociaux. Cette photographie accompagne l’article « Nouvelle-Zélande : ce que prévoit le projet d’interdiction des réseaux sociaux avant 16 ans ».

La Nouvelle-Zélande doit présenter un projet de loi destiné à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans. Le texte ne serait donc pas une mesure déjà en vigueur, et son adoption demeure incertaine. Son principe est néanmoins clair : la responsabilité de l’application reposerait sur les plateformes, appelées à vérifier l’âge de leurs utilisateurs par des moyens jugés raisonnables.

En bref

  • Le gouvernement néo-zélandais doit présenter un projet de loi visant les utilisateurs de réseaux sociaux de moins de 16 ans.
  • Les plateformes devraient prendre des mesures raisonnables pour vérifier l’âge de leurs utilisateurs.
  • Le texte envisagé prévoit des sanctions financières pour les entreprises, non pour les mineurs ni leurs responsables.
  • Son adoption n’est pas acquise, deux partenaires de coalition ayant annoncé leur opposition.

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement de régulation plus large. Selon Sud Ouest, qui reprend une dépêche de l’AFP, l’Australie a interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre et l’Indonésie lui a emboîté le pas en mars. Plusieurs États cherchent à encadrer l’accès des enfants aux réseaux sociaux, selon des modalités qui varient d’un pays à l’autre. Pour les créateurs, les plateformes et les professionnels du marketing, le sujet dépasse la seule fixation d’un âge minimal : il porte sur la manière dont les comptes seront identifiés, ouverts ou maintenus.

Un projet qui vise les plateformes, pas les familles

Le gouvernement néo-zélandais prévoit d’imposer des obligations légales aux entreprises qui opèrent des réseaux sociaux. La ministre de l’Éducation, Erica Stanford, a précisé qu’aucune sanction ne serait prévue pour les enfants, leurs parents ou leurs tuteurs. Le mécanisme envisagé ne consiste donc pas à faire peser le contrôle sur les foyers, mais à demander aux services numériques de gérer l’accès en fonction de l’âge.

Le niveau de contrainte annoncé est important. Les entreprises qui ne respecteraient pas les obligations prévues pourraient se voir infliger une amende allant jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires mondial. Cette sanction potentielle donne une dimension économique au projet : elle concerne directement les grandes plateformes, dont les services reposent sur des comptes, des données déclaratives et des parcours d’inscription conçus pour une audience très large.

Une foule animée capturant un événement sur smartphone, montrant l'engagement numérique moderne.
Illustration des dispositifs numériques pouvant servir à vérifier des informations d’utilisateur. Source : Pexels. Photographe : Suki Lee. Licence Pexels.

Les informations publiées sur le projet ne permettent pas d’affirmer qu’une méthode unique serait imposée. Parmi les pistes citées figurent les données déjà présentes dans les comptes, l’estimation de l’âge par reconnaissance faciale, les services d’identité numérique et la présentation d’une pièce d’identité officielle. Ces options illustrent la difficulté concrète du dispositif : fixer une limite d’âge suppose aussi de déterminer comment elle sera contrôlée, avec quel niveau de fiabilité et dans quelles conditions pour les utilisateurs.

La vérification de l’âge au centre du débat

La vérification de l’âge est le point opérationnel du texte. Les plateformes devraient prendre des mesures raisonnables, sans que les sources disponibles n’indiquent qu’elles devraient appliquer simultanément toutes les solutions évoquées. Cette nuance est déterminante : l’existence d’une obligation de résultat, d’une obligation de moyens ou d’exigences techniques précises ne produit pas les mêmes effets sur l’inscription, la modération et l’accès aux contenus.

Pour un adolescent néo-zélandais, la proposition ne signifie pas encore un blocage effectif de son compte. Pour les plateformes, elle ouvre en revanche la perspective d’une adaptation de leurs procédures, si la loi est adoptée. Les réseaux qui accueillent des créateurs devraient alors composer avec une audience adolescente potentiellement plus difficile à identifier et à atteindre sur le territoire concerné.

Une jeune femme aux cheveux noirs tient un smartphone en souriant à l'intérieur.
Illustration d’une discussion familiale autour des pratiques sur les réseaux sociaux. Source : Pexels. Photographe : Karola G. Licence Pexels.

Cette question rejoint les débats français sur l’encadrement des usages numériques des plus jeunes. En France, la censure du Conseil constitutionnel concernant les réseaux sociaux des moins de 15 ans a mis en lumière les limites juridiques d’une restriction générale. Le contexte institutionnel n’est pas le même en Nouvelle-Zélande, mais les deux situations montrent qu’une annonce politique ne règle pas, à elle seule, les questions de contrôle, de droits et d’application.

Un texte inspiré par un précédent australien, mais politiquement fragile

Le projet néo-zélandais est présenté comme proche de la mesure australienne qui a fait de l’Australie le premier pays à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Cette référence éclaire l’orientation choisie par Wellington, sans préjuger de la manière dont la Nouvelle-Zélande tranchera ses propres débats ni des effets que produirait son futur cadre légal.

L’issue parlementaire reste ouverte. Les deux partenaires de coalition du Parti national, ACT et NZ First, ont déclaré s’opposer au texte. Cette opposition suffit à rappeler que l’interdiction envisagée n’est pas acquise. Les modalités annoncées par le gouvernement néo-zélandais dessinent ainsi une orientation ferme envers les plateformes, mais la traduction de cette intention en règle applicable dépendra encore du processus politique.

Pour l’écosystème de l’influence, le dossier mérite d’être suivi moins comme une simple interdiction que comme un test de responsabilité des services numériques. Si le texte progresse, l’enjeu sera de savoir comment les plateformes concilieront la vérification de l’âge avec leurs parcours utilisateurs, sans que les sources disponibles permettent aujourd’hui de définir précisément la solution qui serait retenue.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Karola G. Licence Pexels.

Jade Oukil

Créateurs, réseaux sociaux, webmarketing et monétisation

Jade Oukil

Jade Oukil a géré les réseaux sociaux de plusieurs petites marques de mode et de cosmétique à Paris. Elle couvre les réseaux sociaux et la monétisation pour Influenceurs.fr : fonctionnalités des plateformes, algorithmes, rémunération des créateurs et règles de publicité. Ses articles donnent la date de chaque changement de règle évoqué. Elle prend des cours de danse contemporaine le mardi soir.