Réseaux sociaux

Désinformation pro-russe : le rôle de comptes ChatGPT dans une campagne sur les réseaux sociaux

Des comptes ChatGPT suspendus par OpenAI ont servi à produire des publications pour plusieurs plateformes dans le cadre d’une opération d’influence attribuée à des acteurs pro-russes.

Désinformation pro-russe : le rôle de comptes ChatGPT dans une campagne sur les réseaux sociaux
Smartphone screen showing popular social media and app icons including Facebook and Instagram. Cette photographie accompagne l’article « Désinformation pro-russe : le rôle de comptes ChatGPT dans une campagne sur les réseaux sociaux ».

Des comptes ChatGPT suspendus par OpenAI ont été associés à une opération d’influence en ligne attribuée à des acteurs pro-russes. Leur usage documenté concernait la production de publications et de commentaires destinés à plusieurs plateformes : Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn. L’épisode met en lumière une campagne où les messages diffusés sur les plateformes renvoyaient vers un ensemble plus large, conçu pour présenter une autorité apparente.

En bref

  • OpenAI a suspendu des comptes ChatGPT associés à une opération d’influence en ligne attribuée à des acteurs pro-russes.
  • Les contenus produits visaient plusieurs plateformes et promouvaient une structure présentée comme une communauté d’experts.
  • Le dispositif reposait aussi sur des travaux universitaires copiés ou mal attribués et sur un indice de souveraineté favorable à la Russie.

Les éléments rendus publics montrent que ChatGPT n’occupait pas tous les maillons du dispositif. L’outil a servi à générer des contenus promotionnels, tandis que l’opération s’appuyait également sur un site, une organisation présentée comme experte et un indice destiné à valoriser la Russie. La suspension des comptes liés à cette opération intervient après l’analyse de publications générées pour les réseaux sociaux.

Des publications conçues pour circuler sur plusieurs plateformes

Les opérateurs ont sollicité ChatGPT afin de produire des messages adaptés à des espaces de publication différents. Les contenus étaient destinés à des commentaires, à des publications et à des formats relayés sur Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn. Cette présence sur plusieurs services constituait l’un des volets de l’opération identifiée.

Les demandes adressées à l’outil ne portaient pas seulement sur la rédaction. Elles visaient aussi à retirer les indices linguistiques qui auraient pu révéler une origine russe. La langue et le style faisaient donc partie des éléments travaillés dans les contenus générés.

L’accès à ChatGPT depuis la Russie étant restreint par OpenAI, les opérateurs ont utilisé des VPN pour contourner cette limitation géographique. Ce point fait partie des pratiques relevées dans le dossier et éclaire les conditions techniques dans lesquelles les comptes ont été employés.

Le cas concerne directement les réseaux sociaux, non parce qu’il attribue un effet établi à chaque publication, mais parce que ces plateformes ont servi de canaux de diffusion pour des messages renvoyant vers une même structure. OpenAI a par ailleurs estimé que l’impact immédiat de la campagne semblait limité. Les informations disponibles ne permettent donc pas d’affirmer qu’elle aurait atteint massivement les utilisateurs, convaincu un public ou modifié des comportements.

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L’opération associait des messages de réseaux sociaux à une structure présentée comme experte. Source: Pexels. Attribution: https://kaboompics.com/. Licence: Pexels License.

L’International Burke Institute comme point d’appui du dispositif

Une part des publications générées promouvait l’International Burke Institute, présenté comme une communauté d’experts. Le site associé à cette structure regroupait des articles universitaires copiés, parfois accompagnés d’attributions erronées. Les contenus publiés par l’International Burke Institute doivent toutefois être distingués des messages produits avec ChatGPT : rien dans les éléments disponibles ne permet d’attribuer à l’outil la rédaction de ces articles académiques repris ou mal attribués.

Une apparence d’expertise mise en scène

Le dispositif incluait également un indice de souveraineté présentant la Russie de manière favorable tout en critiquant des pays occidentaux. Cet indice, associé aux articles et aux experts mis en avant, formait un environnement éditorial autour des messages diffusés sur les plateformes.

La présence d’articles présentés comme académiques ne suffisait pas à établir leur origine ni la justesse de leurs attributions. Dans ce dossier, la reprise de travaux existants et les attributions parfois erronées sont au cœur de la présentation de cette structure. L’organisation, les textes publiés et l’indice de souveraineté relevaient ainsi du même environnement promu par les comptes concernés.

ChatGPT, un outil intégré à une opération plus vaste

L’affaire ne réduit pas l’opération à l’utilisation d’un modèle conversationnel. Les comptes ChatGPT ont servi à générer des publications, mais la campagne comprenait aussi un site web, des contenus académiques repris, une organisation présentée comme experte et un indice de souveraineté. Les faits établis décrivent donc un outil employé dans un ensemble plus large, plutôt qu’un système où la génération de texte expliquerait à elle seule toute la diffusion.

Cette distinction est essentielle pour comprendre ce qui a été suspendu. OpenAI a fermé des comptes reliés à la génération de contenus pour les réseaux sociaux. L’existence du site de l’International Burke Institute, les articles qui y figuraient et l’indice promu par la campagne constituent d’autres éléments du dossier, avec leurs propres modes de présentation.

La portée immédiate décrite comme limitée ne rend pas ces éléments interchangeables. Les messages produits pour les plateformes, les liens qu’ils relayaient et les contenus hébergés par la structure promue remplissaient des fonctions distinctes dans l’opération identifiée. Le dossier montre ainsi comment des publications générées peuvent être associées à une organisation affichant des experts, des travaux présentés comme académiques et un indicateur à l’apparence méthodique.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: Geri Tech. Licence: Pexels License.

Romain Quesnel

À propos de la signature

Romain Quesnel

Romain Quesnel suit pour Influenceurs.fr les axes « l’économie des créateurs » et « les réseaux sociaux ». Ce périmètre s'inscrit dans la ligne du média, qui couvre l’économie des créateurs et les réseaux sociaux, avec un intérêt éditorial particulier pour « Influenceurs ». Ses articles privilégient une écriture factuelle qui distingue les annonces, les faits établis et l'analyse.